Introduction
« Et le jour viendra peut-être où les livres nomades, allant et venant là où un lecteur les appelle, n’auront plus d’adresse fixe, sinon la poste restante, le bureau bibliographique chargé de les trouver et de leur faire joindre celui qui a besoin d’eux. »
Eugène Morel, Bibliothèques
Paris : Mercure de France, 1908-1909.
La vision prémonitoire d’Eugène Morel en 1908 sur le devenir des bibliothèques comme des organismes assurant la gestion de « livres nomades » semble aujourd’hui en passe de devenir réalité, étant donné le développement quasi-exponentiel du nombre d’ouvrages numérisés. Nous vivons en effet ce que Michel Serres qualifie de véritable « révolution numérique ». Car les applications du numérique, qui désigne le mode de codage en système binaire de toute information destinée à un traitement informatisé, sont multiples. La dématérialisation des documents, les réseaux téléphoniques à haut débit, ont permis un mouvement d’échange d’informations d’une ampleur sans précédent. Internet est ainsi devenu un haut-lieu de communication entre les chercheurs, les scientifiques et autres « sachants », professionnels ou amateurs. L’apparition de multiples réservoirs de ressources pose évidemment la question du rôle des bibliothèques, et bien entendu des bibliothécaires, dans ce nouvel environnement. Les avis sur le sujet sont très tranchés, les uns prédisant le renforcement du rôle de médiation des bibliothèques, les autres annonçant au contraire la disparition de cet échelon de médiation.
Les usagers, s’ils ont la possibilité technique de ne même pas avoir à venir à la bibliothèque, continueront-ils à le faire ? Le bibliothécaire n’aura-t-il plus pour unique rôle que de rendre des services à distance, la bibliothèque se réduisant à un portail d’accès vers des informations emmagasinées ailleurs ? Pour tenter de répondre à ces questions, j’ai choisi de les aborder sous l’angle des fonds patrimoniaux. C’est en effet autour des fonds patrimoniaux conservés en bibliothèque que se sont constitués les premiers projets de numérisation français. En conséquence, c’est sur eux que nous avons le plus de recul et que les premières études sur l’utilisation qui en est faite par les usagers ont pu être menées.
Nous examinerons donc, dans un premier temps, les dernières mutations du numérique, avec le Web 2.0, et les nouveaux usages qui en découlent, et nous essaierons de déterminer si ceux-ci représentent véritablement un danger pour les bibliothèques.
Resserrant notre étude sur les fonds patrimoniaux et leurs usagers, nous examinerons alors les projets mis en place par les bibliothèques pour « survivre » et les changements que cela implique dans les rapports entre bibliothécaires et usagers.
Enfin, nous nous pencherons sur le cas de la Médiathèque Michel Crépeau à La Rochelle, où j’ai mené, au cours de mon stage, une enquête sur l’espace Patrimoine et les services multimédia.
dimanche 5 août 2007
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